ROLAND EMMERICH, vers le nanar et au-delà…

Posted by on Juil 21, 2016

« Stupide« , « invraisemblable« , « pire film de l’été « , voilà en vrac ce que l’on peut lire dans la presse spécialisée et certains forums à propos d’Independence Day Resurgence. Une déconvenue qui semble faire l’unanimité au près d’une frange cinéphile qui semblait avoir fondé de trop grands espoirs dans cette suite tardive du succès surprise des années 90. On en revient alors à se demander pourquoi tant d’espoir a été placé en un seul homme. Roland Emmerich a t-il ne serait-ce qu’une fois fait preuve d’un talent visuel et narratif suffisant pour que l’on puisse alors attendre quelque chose de plus de ses films ? Cette suite tardive et décriée est-elle la séquelle d’un chef d’œuvre du cinéma ?

Non, non et encore non. En 1996, quand débarque le fameux ID4, Peterson et moi-même, 16 ans au compteur, et déjà un paquet de bobines visionnées à notre actif , n’étions pas dupe de la roublardise du duo Emmerich / Devlin qui recyclait tout un pan science fictionnel à la va comme je te pousse. ID4 c’était mauvais mais rigolo. Un nanar instantané. Et la suite de la filmographie du plus américain des allemands n’a fait que confirmer la tendance. A l’heure où certains essaient de nous faire croire qu’ID4 c’est un peu le Goonies des 90´s , que Resurgence est plus mauvais que l’original, les pendules ont sérieusement besoin d’êtres mises à l’heure !

Roland dans ses oeuvres.

Contre tout attente nous avons vu Resurgence et aussi incroyable que cela puisse paraître ça tient la route. Pourquoi tant de haine alors ? Explications en profondeur au travers du portrait de celui que l’on appelle chez lui « le Spielberg allemand« .
C’est depuis son adolescence que le jeune Roland caresse le doux rêve de s’envoler pour les États Unis. Très tôt il s’oriente vers la réalisation. Ses influences: le cinéma catastrophe américain des glorieuses seventies (La Tour Infernale, l’Aventure du Poseidon…). Son maître à penser: John Huston. Son objectif: remettre au goût du jour un genre tombé en désuétude.

Nous sommes alors au début des années 80 et la route est encore semée d’embûches pour le jeune Roland tout juste arrivé au pays de l’oncle sam avec son film de fin d’études sous le bras. C’est dans la série B qu’il fera ses armes, avec tout d’abord Joey puis Ghost Chase, deux sous-amblin à budget riquiqui mais qui laissent déjà entrevoir le côté entertainer de Roland.

C’est surtout avec son film suivant, Moon 44, sorte de Outland du pauvre, que l’allemand impressionne. Non pas dans la direction d’acteurs, mais plutôt dans sa capacité à tirer partie d’un budget étriqué. Corman n’aurait pas mieux fait.

Mais c’est réellement en 1992 que tout s’accélère avec LA rencontre de sa vie: Dean Devlin. Acteur de seconde zone (un dixième rôle dans Happy Days entre autres ) mais néanmoins bien installé dans le milieu, celui-ci tombe amoureux des idéaux cinématographiques du sympathique Roland. Bien avant le tandem Tarantino / Rodriguez, il y eu le tandem improbable Emmerich / Devlin, l’un à la réal et l’autre à la prod et au scénario. Le cinéma américain n’avait qu’à bien se tenir. Adepte de la roublardise de bas étage, ceux-ci développent des scénarios prétextes faciles à pitcher à des studios décidés à  remplir les caisses.

Dean Devlin et Roland Emmerich, copains comme cochons.

 Le duo livre alors un véhicule dans faille pour un Van Damme en pleine ascension. Une rencontre pas si étrange vu le parcours du bonhomme qui vient de se faire un nom avec la Cannon. Premier vrai succès du duo, Universal Soldier remplira les caisses au delà des espérances donnant ainsi les coudées franches à nos deux compères.

Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour voir apparaître les limites de l’entreprise, et ce dès leur deuxième collaboration, l’opportuniste Stargate. La recette sera dès lors souvent la même. On prend un thème porteur (ici le mystère des pyramides), on fait monter la sauce durant un premier acte prometteur puis on fait retomber le soufflé une fois la supercherie révélée, soit 2/3 de l’œuvre en somme. Le tout restant quoi qu’il arrive suffisamment bien marqueté et désigné afin d’attirer le chaland.

C’est en 1996, que le duo joue son va tout, sa pièce maîtresse. En pleine fin de millénaire nos deux compères, mixe invasion extra-terrestre, film catastrophe et propagande au sein d’un film aussi boursouflé qu’un ballon de baudruche. Leur réussite : avoir réussit à proposer le film que tout le monde avait envie de voir. En gros: un film de SF à grande échelle, un rien bricolé, un poil raciste ( faut voir comment sont traités les diverses communautés ethniques ou religieuses), un soupçon démago et surtout un véhicule parfait de propagande  américaine. Sorte d’étron filmique vomitif à souhait, ID4 opère un hold-up dans les règles sur le box office mondial. Et nous de pleurer les bides successifs de Mars Attacks ! et Starship Troopers.

Succès oblige, le duo est en odeur de sainteté et se permet alors tout et n’importe quoi, comme d’adapter la célèbre icône nippone du lézard atomique à la sauce Yankee. Tout le monde sera de la fête: Puff Daddy s’occupe du single, Patrick Tatopoulos au design de la bête ( déjà à l’œuvre sur Stargate) et notre Jean Reno national s’y dispute la vedette au côté de Matthew Broderick (Ferris Bueller). Du grand n’importe quoi au service de la surenchère. Premier bémol du tandem, Godzilla ne réeterera pas l’exploit d’ID4 et quelque part c’est tant mieux. Ce denier marquera aussi la fin du tandem. Pour un temps seulement.

Nous retrouverons alors quelques années plus tard un Roland Emmerich affranchis de la méthode Devlin et libre de verser allègrement dans le patriotisme d’une part (The Patriot) et la destruction de masse de l’autre (Le Jour d’Après). Et c’est peut être à partir de ce dernier que la patte Emmerich est la plus visible. La naissance d’un auteur ? Si la résurgence (tiens donc) de certaines thématiques ou obsessions au travers d’une filmographie sont les signes d’une signature éventuelle, alors oui Emmerich est un auteur au même titre que Michael Bay. C’est dire le niveau d’implication qui m’anime au moment d’écrire ces lignes !

Remis en selle grâce au succès de sa fresque historique et de son film catastrophe écolo, Emmerich ne s’octroie pas de pause syndicale et embraye 4 ans après avec 10 000, l’occasion pour lui d’appréhender un genre nouveau, le film d’aventures. Marchant dans les pas d’un Mel Gibson et de son Apocalypto, Emmerich nous livre à nouveau la même formule. Une formule qui a fait ses preuves certes mais qui tend à devenir un brin plus racée, efficace. Une tendance déjà présente depuis sa fable climatique. Une évolution louable pour un réalisateur qui a toujours abordé le genre de manière frontale et très premier degré. Pour le meilleur parfois mais souvent pour le pire .

Assagi, enfin reconnu, Roland, tel le Peter Jackson de Braindead, se sent investi d’une mission, celle d’offrir le film catastrophe ultime. La roublardise dans le sang, il voit dans les théories alarmistes mayas liées à l’année 2012, un sujet parfait pour dynamiter à nouveau le box office mondial. À la tête d’un budget pharaonique, le sobrement intitulé 2012 est le Ben Hur d’Emmerich. Comme d’habitude le casting se révèle totalement autre pour une bobine où se croisent respectivement John Cusack, Woody Harrelson et Danny Glover. Véritable ode à la destruction planétaire, ce 2012 est largement plus fréquentable que les dévlineries du passé. On est quand même très loin de Citizen Kane

Désormais à l’abri du besoin grâce au succès planétaire de 2012, il s’octroie quelques vacances cinématographiques avec Anonymous en 2011 et Stonewall en 2015. Deux petits films pour un Emmerich en quête de respectabilité. Ses Liste de Schindler et Soldat Ryan à lui. Mais comme Spielberg en son temps avec Le Monde Perdu, celui-ci s’octroie un petit plaisir bourrin avec White House Dawn, son Die Hard à lui. L’intelligence en moins, la propagande gerbeuse en plus.

Malgré les succès publiques, Emmerich sans Devlin c’est un peu Tom sans Jerry. Et puis quoi de mieux qu’un retour aux sources pour revigorer une vieille amitié. Si on peut se faire un peu de thunes au passage, pourquoi pas ? Back to the basics comme on dit mais pas trop quand même car le duo surveille depuis quelques temps le renouveau de la franchise Star Wars et l’insolent succès du Marvel Cinematic Universe. Et là ça fait tilte dans leur petite tête. « C’est vrai qu’avec notre invasion stupide en 96 on avait cassé la baraque. Et puis sans trop expliquer les choses, d’où ça vient et pourquoi. Suffirait juste de développer un peu mais pas trop vite, histoire d’en faire trois. On la tient notre franchise !« 

 

Emmerich sur le plateau de Resurgence, impatient de casser ses nouveaux jouets !

Ni une ni deux, notre duo reprend contact avec le casting original et se heurte à un obstacle de taille, Will Smith est devenu trop gourmand, surtout après le flop du très scientologue After Earth, gouffre financier qui a eu raison de son réalisateur, un certain Shyamalan. Pas de problème, le duo jamais à court d’idées frelatées, refond le scénario et tire avantage de la situation. Dire que l’on n’en attendait pas grand chose est un euphémisme ! Et quelle surprise au final d’assister non pas à un grand film mais plutôt à un divertissement de haute volée. Le duo prend à son aventage ce 2016 uchronique et nous invite à prendre part à un Space opéra exaltant qui convoque, à travers un production design maîtrisé le meilleur de la japanimation (la base lunaire très « Macross« ) tout en rendant hommage au classiques science fictionnels américains des fifties (Les survivants de l’infini, Le jour où la terre s’arrêta ).

Quel plaisir également de voir les facéties du passé en retrait, car rassurez vous, si le patriotisme et le sauvetage canin restent de mise, ils sont plus là en forme de clin d’œil qu’autre chose. Avec ce film Emmerich nous livre son « Je vous ai compris ! » et tel Le général en son temps, c’est la tôlée générale qu’il récolte !

Jeff Goldblum seul face à l’envahisseur, y a comme qui dirait un air de Monde Perdu.

Chris Hemsworth est le nouveau Will Smith, pas sur qu’on gagne au change !

 

Vous l’aurez compris en livrant le film qu’il aurait dû livrer depuis vingt ans, Emmerich se fait descendre. Pas assez drôle, personnages fades, patriotisme absent. On croirait rêver ! Le public reproche à Emmerich de ne pas avoir livré  le nanar attendu. Résultat des courses c’est la sanction à domicile avec à ce jour 99 M récoltés pour une mise de 165. Seul l’international réussit à amortir l’effort avec presque 400 M cumulés. Un score qui est loin, très loin de valider la suite des opérations. Avec sa fin ouverte prometteuse, ce Resurgence en a pourtant encore sous la pédale. Drôle de destinée pour une bande estivale qui avait pourtant tout pour plaire.
Quel futur pour notre Roland alors ? Celui-ci a déjà trouvé son nouveau jouet: la lune. Et il compte bien nous l’éclater en pleine tronche l’an prochain avec le bien nommé Moonfall. Et puis il faut pas oublier qu’il porte toujours en lui l’envie d’adapter le cycle science fictionnel d’Asimov, Fondation. Certains d’entre vous risquent d’y voir un sombre présage comme d’autres une nouvelle exaltante. C’est un peu ça le double effet Emmerich et c’est aussi pour ça qu’on l’aime quelque part.